A VOS MARQUES

L’encyclo du vélo, encyclo des constructeurs

De la bicyclette des frères Gauthier en 1886 jusqu’à la récente Fée du vélo en 2017, des millions de bicyclettes ont parcouru les routes des villes et des villages de France. Tous ces vélos ont été fabriqués par des constructeurs, à travers des milliers de marques.
Qui sont les constructeurs de tous ces vélos ?
Qui sont ces constructeurs d’hier, et qui sont les constructeurs d’aujourd’hui ?
Comment se fait-il que les deux grands bassins d’antan de la construction de cycles, l’Ile-de-France autour de Paris, et la Loire autour de Saint-Etienne, aient quasiment disparus aujourd’hui ?
Et comment expliquer aujourd’hui le regain de la construction artisanale française ?
L’encyclo se propose de recenser tous ces constructeurs en général, forcément liés à des marques en particulier.
Inventaire à la Diderot plus qu’à la Prévert, ce recensement vise l’exhaustivité, mais devine aussi que l’ambition est haute et les oublis probables.
Le vélo fait partie de notre histoire, comme une sorte d’Histoire de France, que l’on peut raconter à travers de multiples accès, l’industrialisation de notre pays, les avancées techniques, l’avènement de la bicyclette dans les campagnes, les exploits sportifs. On peut aussi superposer à cette grande histoire, la petite histoire de chacun et sa relation au vélo, la première fois sur des pédales ou l’attachement très fort de chacun à son vélo.
Les constructeurs d’hier regroupent des marques d’artisans et des marques d’industriels, Nicolas Barra et Paul Charrel y côtoient Peugeot et Motobécane. Les constructeurs sont la noblesse de l’industrie du cycle, et certains sont l’objet de véritables cultes en France, Outre-Atlantique ou au Japon. Des artisans mythiques Singer, Reyhand, et des cadreurs tels Bernard Carré, tout comme des industriels mythiques, Manufrance, Alcyon, Dilecta, Terrot, sont très recherchés. Certaines marques véhiculent de plus une forme d’irrationnel et un onirisme magique, Magnat-Debon, Française Diamant, Fée du vélo… qu’il faut élucider.
Tous sont classés par ordre alphabétique et par raison sociale de constructeur (Société Industrielle de Cycles par exemple), ou par le nom de la marque de vélo fabriquée (cycles Pasquet), ou l’un et l’autre (Etablissements Villemus pour les cycles Royal Savoy), ou l’un pour l’autre (Hurtu pour Hurtu).
Les constructeurs d’aujourd’hui, artisans ou industriels, sont les descendants de ce passé prestigieux.
Les constructeurs se différencient des assembleurs en ce que les constructeurs fabriquent leur cadre, l’élément principal du vélo. Les constructeurs sont donc à la fois des cadreurs, et des assembleurs. Les assembleurs assemblent, ou fabriquent mais ne construisent pas.
L’encyclo fera une part importante à l’iconographie, car tel Saint Thomas, seule l’image certifie le texte.

Marque du temps

« Comme si la théorie générale de la collectionnite s’élevait comme l’illusion de la maitrise du temps ». Ces propos de Laurent Geniller, collectionneur exigeant, rassurent, tant une encyclopédie, recueil de mots rangés, témoigne contre l’oubli du temps.
L’air du temps, c’est ce qui altère, oxyde, et voue à la disparition et à l’oubli.
Qui se souvient des temps héroïques de la fin du 19ème siècle où il existait en France plus de 265 marques d’automobiles, Cochotte, La Mouche, Catois, Naphtolette, Darulette et autres Esculapes, comme le rappelle Jacques-Marie Vaslin dans Le Monde du 24 octobre 2012. Qui se souvient des 1600 constructeurs de motos recensées en France par Patrick Negro dans ses « Motos françaises » ?
Qui se souvient des cycles Blanche Hermine ?
Car souvent, quelle difficulté à retrouver la trace d’un constructeur ou d’une marque, dans un siècle pas si éloigné du notre !
L’historien se mue en archéologue.

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La période étudiée

La période historique étudiée est bornée par l’étude de vélos à la forme classique standardisée de deux roues de dimensions égales. Ce qui nous ramène autour de la période de 1886, dans l’atelier des frères Gauthier où la première bicyclette française fut produite.
Mais 1886 est une date stéphanoise, et d’autres inventions peuvent revendiquer cette paternité, Mercier, Viarengo de Forville, Juzan, Peugeot (qui importent de Coventry les premiers Roadster, et premier safety de Hillman, Herbert et Cooper, pour les copier) ou encore Desnos-Gardissal.
Comme l’écrit Keizo Kobayashi, le vélo a été inventé par un allemand, la pédale a été trouvée par un français, et le vélo moderne par un anglais…
Mais l’histoire des origines du cadre diamant en France reste à écrire.
Car la bicyclette Gauthier possède un cadre en croix, et non encore un cadre en forme diamant à neuf tubes.
Rappelons au passage qu’un vélo d’aujourd’hui ressemble à un vélo de 1886, autour d’un cadre triangulé, de deux roues de dimension identiques, d’un guidon, d’une selle, d’une transmission et de pédales. Au long de ces 130 dernières années, le perfectionnement des freins et du dérailleur ont rendu la bicyclette plus commode, mais le canon des formes demeure immuable depuis cette période.